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    « Nous voulons accélérer la construction neutre en carbone »

    Entretien avec Andreas Meyer Primavesi, Directeur Minergie

    L’association Minergie a récemment lancé le nouveau standard exigeant « Minergie-Zéro Émission Nette ». Pour son directeur Andreas Meyer Primavesi, il ne s’agit pas d’un saut dans l’inconnu. Forte de nombreuses années d’expérience, l’association met son savoir-faire à la disposition des maîtres d’ouvrage et s’appuie sur un réseau de partenaires éprouvés.


    Interview: Manuel Fischer · Photos: Dominik Plüss


    Minergie a lancé à la mi-mars le nouveau standard « Minergie-Zéro Émission Nette ». Pourquoi maintenant?

    Andreas Meyer Primavesi: Depuis 2022, le concept de « zéro émission nette » appliqué au bâtiment fait l’objet de discussions soutenues. À cette époque, le secteur de la construction a commencé à s’intéresser de manière beaucoup plus intensive à cette question, tandis que les associations professionnelles, les cantons et la Confédération prenaient position.

    Il est aujourd’hui temps de définir un standard. Les cantons et les villes se sont fixé des objectifs ambitieux. Certaines collectivités ont ainsi inscrit dans leur feuille de route l’objectif d’atteindre la neutralité climatique dès 2035. Dans certains cas, cette ambition ne concerne que les bâtiments publics et les émissions directes ; ailleurs, le périmètre est plus large ou s’étend également aux maîtres d’ouvrage privés.

    Quelle est la méthodologie du nouveau standard Minergie?

    Tout ce que j’explique se rapporte au cycle de vie d’un bâtiment, depuis sa construction jusqu’à 60 années d’exploitation. Le principe repose sur trois étapes : éviter, stocker et compenser les émissions de gaz à effet de serre (GES). La première consiste à éviter autant que possible les émissions sur l’ensemble du cycle de vie. On se limite alors à ce qui ne peut pas être évité aujourd’hui.

    Dans un deuxième temps, contrairement aux biens de consommation, les bâtiments offrent la possibilité de stocker du carbone biogénique. Le bois est le matériau le plus courant, mais des isolants comme le lin, le chanvre ou la paille permettent également de soustraire du carbone à l’atmosphère pendant quelques décennies.

    Le troisième aspect est celui des émissions négatives. Une fois les émissions générées déduites de ce stockage de carbone, il reste un solde. Celui-ci doit être compensé au moyen de technologies d’émissions négatives, lesquelles doivent garantir une permanence élevée.

    À propos de Andreas Meyer Primavesi

    Andreas Meyer Primavesi (49 ans) est ingénieur forestier diplômé de l’EPFZ et titulaire d’un MBA de l’IESE Business School de Barcelone. Après avoir exercé comme consultant dans le domaine des énergies renouvelables, il rejoint en 2009 le secteur du bâtiment en participant à la mise en place du Programme Bâtiments au niveau national. Depuis plus de dix ans, il dirige l’association Minergie et, depuis 2020, également l’association CECB.

    Sur le plan professionnel, sa passion est l’efficacité énergétique et l’utilisation responsable des ressources. Dans sa vie privée, il consacre son temps à sa famille et au vélo.

    Notes :

    Restons un instant sur la première étape. La réduction des GES s’appuie-t-elle sur les bonnes pratiques désormais bien établies en matière de construction et d’exploitation des bâtiments modernes?

    Nous disposons aujourd’hui de plusieurs décennies d’expérience dans la réduction des émissions liées à l’exploitation des bâtiments.

    En revanche, la prise en compte de l’énergie grise générée lors de la construction est encore loin d’être une pratique généralisée dans le secteur. Certes, les grands projets portés par les pouvoirs publics accordent déjà une attention croissante à cet aspect, mais la situation évoluera véritablement lorsque les exigences relatives à l’énergie grise seront intégrées dans les législations cantonales via les MoPEC* 2025. À partir de ce moment-là, il ne s’agira plus d’une démarche volontaire.

    Comment déterminer la quantité d’énergie grise, ou plus précisément de GES, incorporée dans un bâtiment lorsque les choses deviennent plus complexes?
    Une installation technique n’est pas aussi simple à évaluer qu’un matériau isolant, dont les fabricants publient déjà les données au moyen de déclarations environnementales de produit (EPD).

    Pour établir le bilan environnemental d’un bâtiment, nous nous appuyons sur une liste de matériaux publiée conjointement par ecobau, l’association suisse spécialisée dans la construction, l’IPB et la KBOB**. Cette base de données sera d’ailleurs utilisée dans le cadre des MoPEC 2025. Cette liste est parfois critiquée, certains estimant qu’elle ne suit pas suffisamment le rythme de l’innovation dans la construction.

    Pour certains matériaux, comme le ciment ou les isolants, les données sont suffisamment complètes et précises. En revanche, l’évaluation des installations techniques soulève encore des interrogations quant aux hypothèses retenues. Certains systèmes et certaines variantes de mise en œuvre ne correspondent plus à l’état actuel de la technique. Il faut toutefois du temps pour actualiser ces données, d’autant que les évolutions technologiques sont heureusement très rapides.

    « Il était temps de définir un nouveau standard ambitieux. »

    On parle beaucoup d’économie circulaire dans le bâtiment, mais sa mise en œuvre reste encore limitée. Pourtant, elle constitue déjà une exigence du label Minergie-ECO. Ne faudrait-il pas intensifier les efforts dans ce domaine avant de viser un standard aussi ambitieux que Minergie-Zéro Émission Nette?

    Tout d’abord, les nouvelles constructions certifiées Minergie-Zéro Émission Nette doivent obligatoirement satisfaire aux exigences du complément ECO. Autrement dit, elles sont également conçues selon les principes de l’économie circulaire. Il ne faut toutefois pas confondre ces deux notions. L’une vise la réduction des émissions de gaz à effet de serre sur une longue période, tandis que l’autre cherche avant tout à préserver les ressources et à améliorer l’efficacité dans l’utilisation des matériaux.

    Ces deux objectifs ne coïncident pas toujours et peuvent même entrer en conflit. C’est notamment le cas du béton recyclé : il ne présente pas nécessairement un meilleur bilan CO₂ que du béton neuf, mais il contribue à refermer le cycle des matériaux.

    Cela étant, le standard Minergie-ECO permet effectivement aux maîtres d’ouvrage de valoriser l’utilisation de composants réemployés dans le bilan environnemental. Ainsi, si des poutres en acier ou en bois proviennent de manière vérifiable d’un autre bâtiment, elles sont comptabilisées avec zéro émission de CO₂. Il s’agit là d’une forte incitation à promouvoir l’économie circulaire dans le cadre du nouveau standard Minergie-Zéro Émission Nette.

    N’existe-t-il pas un conflit entre l’efficacité énergétique des installations techniques modernes et le réemploi destiné à réduire l’énergie grise et les émissions de GES?

    Les installations techniques sont souvent trop sévèrement critiquées lorsqu’il est question d’énergie grise. Cela tient en grande partie aux imprécisions des méthodes actuelles d’analyse du cycle de vie, dont nous venons de parler. Il est clair que nous devons progresser dans ce domaine.

    Je pense notamment à des concepts de bâtiments plus sobres, qui nécessitent des installations techniques plus simples. Ou encore à des équipements robustes, durables et demandant peu d’entretien. Pourquoi remplacer entièrement une centrale de ventilation lorsqu’il suffit de changer un ventilateur défectueux ? Ou donner une seconde vie à des gaines de ventilation en les réutilisant dans un autre bâtiment?

    Il convient d’ailleurs de rappeler que les critères d’ecobau exigent déjà une meilleure accessibilité des installations techniques. Ce n’est donc pas une nouveauté.

    Le réemploi soigneux des équipements techniques lors d’une transformation est pourtant encore loin d’être une pratique courante.

    C’est exact. Le principal obstacle reste aujourd’hui la rentabilité économique. Le réemploi exige un important travail de planification, alors que des équipements neufs sont souvent moins coûteux. Quant aux questions de garantie applicables aux composants réemployés, elles n’en sont encore qu’au début des réflexions.

    Venons-en à l’étape du stockage du carbone. Le potentiel des solutions disponibles ne semble-t-il pas relativement limité?

    Nous construisons déjà aujourd’hui de nombreux bâtiments dont la structure fait largement appel au bois. Il existe également sur le marché des matériaux isolants à base de cellulose ou d’autres matières biosourcées. D’autres procédés permettent en outre d’intégrer directement du carbone dans les matériaux de construction. C’est le cas, par exemple, du béton dans lequel du CO₂ est incorporé au moyen de biochar.

    La nouveauté réside dans le fait que ce stock de carbone est désormais pris en compte dans le bilan CO₂. Nous créons ainsi une incitation à recourir à ce type de construction : plus un bâtiment stocke de carbone, plus il se rapproche de l’objectif « zéro émission nette ». Nous sommes en discussion avec des fabricants de ces produits qui, jusqu’à présent, peinaient à commercialiser leurs innovations face aux solutions conventionnelles. Cette évolution leur ouvre de nouvelles perspectives.

    Dans Minergie-Zéro Émission Nette, le bois n’est pas comptabilisé à 100% comme matériau stockant du CO₂. Pourquoi?

    Nous avons élaboré ce modèle en collaboration avec des spécialistes de l’EPFZ et de l’Empa. Nous avons volontairement renoncé à considérer que le bois constituait un stockage intégral du carbone. Cette approche tient, d’une part, à la gestion durable des forêts et, d’autre part, à la question de savoir quelle proportion du carbone restera effectivement piégée de manière permanente après la déconstruction du bâtiment. Le bois est une ressource remarquable, mais nous devons l’utiliser avec discernement et veiller à sa préservation.

    Venons-en à la compensation au moyen de certificats d’émissions négatives (CEN). N’existe-t-il pas un risque de double comptabilisation, voire de dérives?

    Ce risque est très limité dans le cadre de notre standard. Nous accompagnons les projets de très près et limitons géographiquement l’achat de certificats d’émissions négatives afin de garantir leur fiabilité et leur crédibilité. Vous faites allusion aux expériences parfois décevantes des projets de compensation carbone. Prenons un exemple classique : une personne prend l’avion et compense les émissions de son vol en finançant, quelque part dans le monde, le remplacement d’un générateur diesel par une installation photovoltaïque. Ces projets n’ont pas toujours produit les résultats annoncés.

    Notre approche est différente. Nous finançons l’élimination effective du CO₂ présent dans l’atmosphère. Les projets de compensation et les technologies d’émissions négatives sont deux choses distinctes. Nous connaissons nos partenaires ainsi que les procédés qu’ils mettent en œuvre. Et le fait de commencer à une échelle encore modeste et maîtrisable constitue également un avantage.

    De très nombreux bâtiments existants présentent encore un gros potentiel d’amélioration en matière de protection du climat et d’efficacité énergétique. Les banques redoutent d’ailleurs une dépréciation de certains biens immobiliers. Ne serait-il pas plus urgent d’accélérer la rénovation du parc immobilier existant que de lancer un standard aussi ambitieux?

    Pour obtenir un impact à grande échelle, nous disposons déjà de nombreux outils. Le premier est le CECB***, qui permet d’évaluer la performance énergétique d’un bâtiment. Dans bien des cas, la première étape consiste à remplacer un système de chauffage fonctionnant aux énergies fossiles. Une rénovation Minergie constitue une approche pragmatique de la rénovation globale, offrant un excellent rapport coût-efficacité. Je peux d’ailleurs en témoigner personnellement.

    Le concept Minergie-Zéro Émission Nette se situe à l’autre extrémité de notre palette de standards. Il s’adresse avant tout aux collectivités publiques ainsi qu’aux entreprises désireuses de jouer un rôle de précurseur. D’ici 2050, nous devrons tous construire des bâtiments à zéro émission nette.

    L’État encourage les rénovations énergétiques en les soutenant financièrement. Comment interprétez-vous le signal politique envoyé par Berne en décidant de maintenir le Programme Bâtiments?

    C’est une excellente nouvelle. Nous nous sommes fortement engagés en faveur de son maintien. Il aurait été difficilement compréhensible de supprimer un tel programme. Le secteur du bâtiment est l’un des rares à être parvenu à réduire sensiblement ses émissions de CO₂ depuis 1990, alors même que la surface chauffée a considérablement augmenté. Le Programme Bâtiments a largement contribué à cette évolution.

    Exigences et incitations doivent aller de pair. On ne peut pas interdire du jour au lendemain les chauffages fossiles sans accompagner financièrement les personnes concernées durant cette transition. Une telle mesure serait politiquement irréaliste. Parallèlement aux aides financières, les pouvoirs publics peuvent relever progressivement le niveau des exigences afin d’accélérer le remplacement des chauffages fossiles. Un programme de soutien bien conçu permet de compenser les surcoûts et d’accélérer considérablement cette transformation. Le simple fait que l’on ait pu envisager de supprimer ce programme me paraît presque révoltant.

    Des représentants des milieux libéraux dénoncent les effets pervers de ce programme. Selon eux, certaines aides profitent à des maîtres d’ouvrage qui n’en auraient pas réellement besoin.

    Des effets d’aubaine existent dans tous les domaines, par exemple aussi avec les déductions fiscales. Je suis convaincu que la nouvelle version du Programme Bâtiments permettra encore de les réduire. On peut également considérer que ce programme génère une importante valeur ajoutée au niveau local. Pour ma part, je pense toutefois que, derrière ce débat, c’est avant tout la volonté de réaliser des économies qui a prévalu.

    Minergie s’implante désormais en Italie. Qu’attendez-vous de cette ouverture?

    L’idée de créer Minergie Italia est née de notre antenne tessinoise, en collaboration avec une association régionale de maîtres d’œuvre du nord de l’Italie. Depuis quelque temps déjà, nos partenaires tessinois certifiaient ponctuellement des bâtiments situés de l’autre côté de la frontière. Le marché italien est confronté à des problèmes de qualité. En raison notamment d’un programme de subventions qui, vu de Suisse, n’a pas produit tous les effets escomptés, de nombreux bâtiments ont été rénovés sans le soin nécessaire. Dans un tel contexte, un label de qualité « Made in Switzerland » constitue un véritable atout.

    Que peut aujourd’hui apprendre la Suisse de la culture italienne de la construction?

    En Italie, le refroidissement et la déshumidification des bâtiments sont déjà des enjeux majeurs. Bien entendu, il faut toujours chauffer les bâtiments en hiver, et une bonne isolation thermique reste indispensable. Avec le réchauffement climatique, nous devrons, nous aussi en Suisse, réfléchir de plus en plus à la manière de refroidir et de déshumidifier les bâtiments de façon efficace et respectueuse de l’environnement.


    * MoPEC (Modèle de prescriptions énergétiques des cantons) : ensemble de prescriptions harmonisées servant de base aux législations cantonales dans le domaine de l’énergie.

    ** KBOB (Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d’ouvrage publics) : organisme suisse qui élabore notamment des recommandations, des standards et des bases de calcul pour la construction publique.

    *** CECB (Certificat énergétique cantonal des bâtiments) : certificat officiel suisse évaluant la performance énergétique d’un bâtiment et identifiant son potentiel d’amélioration.

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    Veröffentlicht am: 09.09.2026

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