L’intelligence au service des bâtiments et des territoires
Le Forum romand de l’éclairage et de la domotique (FRED) a une nouvelle fois réuni les acteurs de l’éclairage, de l’automation du bâtiment et des technologies numériques.
Texte et photo : Pierre Schoeffel
Nous faisons face à une évolution qui illustre une tendance forte : les équipements techniques sont désormais appelés à remplir plusieurs fonctions simultanément.
Les données, nouvelle matière première du bâtiment
Cette transformation s’accompagne toutefois d’une explosion des volumes de données. Capteurs, compteurs intelligents, systèmes de gestion technique et applications numériques génèrent en permanence des informations sur le fonctionnement des bâtiments. Ces données permettent d’améliorer l’efficacité énergétique, d’anticiper les besoins de maintenance ou d’optimiser l’exploitation des installations.
Pour Olivier Steiger, Professeur et responsable d’un groupe de recherche à la HES de Lucerne, la véritable valeur ne réside cependant pas dans l’accumulation de données, mais dans leur interprétation. Le défi consiste à transformer une multitude d’informations dispersées en connaissances utiles pour les exploitants et les propriétaires.
L’intervenant a également rappelé que certaines données peuvent révéler des informations très précises sur les habitudes de vie des occupants. Les questions de protection des données et de cybersécurité deviennent dès lors indissociables du développement des bâtiments intelligents.
Vers une exploitation plus proactive
L’enjeu n’est toutefois pas seulement de protéger les données, mais aussi d’en tirer une réelle valeur opérationnelle.
Au fil des présentations, un constat s’est imposé : l’intelligence ne réside plus uniquement dans les équipements, mais dans la manière dont les données, les usages et les infrastructures interagissent.
C’est précisément l’ambition des approches basées sur le jumeau numérique. En faisant converger les données issues du BIM, de la gestion énergétique, de la maintenance ou encore de l’occupation des locaux, ces outils permettent progressivement de passer d’une exploitation réactive à une gestion proactive des bâtiments.
L’éclairage public à l’heure de la biodiversité
L’une des interventions fut consacrée à l’évolution de l’éclairage public lausannois. Greg Sutter, Responsable de la division éclairage public aux SiL, a montré combien les préoccupations ont changé en quelques années. Si l’efficacité énergétique demeure un objectif majeur, elle ne constitue plus l’unique critère de décision.
Grâce aux LED, les consommations ont fortement diminué. Pourtant, l’augmentation continue des surfaces éclairées soulève de nouvelles interrogations. Les effets de la lumière artificielle sur la biodiversité, les cycles naturels ou encore la qualité du ciel nocturne occupent désormais une place croissante dans les réflexions des collectivités.
La Ville de Lausanne a ainsi révisé son Plan lumière en intégrant la notion de « trame noire », destinée à préserver des corridors favorables à la faune nocturne. L’objectif n’est plus seulement d’éclairer mieux, mais également de savoir où il convient de limiter, voire de supprimer, l’éclairage. Les réflexions faites lors de la table ronde qui a suivi ont confirmé cela.
Quand le luminaire devient une plateforme de services
L’éclairage connecté ne se limite plus à produire de la lumière. Plusieurs intervenants ont montré comment les infrastructures d’éclairage peuvent devenir des supports de nouveaux services.
Grâce aux technologies de communication embarquées, les luminaires peuvent aujourd’hui transmettre des informations contextuelles directement sur les smartphones des utilisateurs. Dans un musée, un parc ou un centre commercial, l’éclairage devient ainsi un vecteur d’informations, de guidage ou d’interactions.
Une vision globale de la technique du bâtiment
Au-delà de la diversité des thèmes abordés, cette édition du FRED a montré que les métiers de l’éclairage et de la domotique évoluent vers une approche beaucoup plus globale.
La performance d’un bâtiment ou d’un espace public ne se mesure plus uniquement en kilowattheures économisés. Elle se juge également à sa capacité à préserver la biodiversité, protéger les données, améliorer le confort des usagers et faciliter l’exploitation quotidienne.
Autant de défis qui placent désormais la donnée, l’intelligence numérique et l’interdisciplinarité au cœur des projets de demain.
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Texte et photo : Pierre Schoeffel
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