Le Forum romand de l'éclairage et de la domotique (FRED) a une nouvelle fois réuni les acteurs de l'éclairage, de l'automation du bâtiment et des technologies numériques.
Texte et photos : Pierre Schoeffel
Parmi les nombreuses interventions, deux thèmes ont particulièrement retenu l'attention : l'évolution de l'éclairage public face aux enjeux environnementaux et la place croissante des données dans les bâtiments intelligents. Deux sujets qui illustrent une transformation plus profonde des métiers de la branche.
Responsable de la division éclairage public des Services industriels de Lausanne, Greg Sutter a présenté l'évolution du Plan lumière lausannois. Son exposé a mis en évidence un changement profond de paradigme. Longtemps centrée sur la sécurité et les économies d'énergie, la politique d'éclairage intègre désormais beaucoup plus fortement les enjeux liés à la biodiversité et à la qualité de l'environnement nocturne.
Le conférencier a rappelé que, malgré la baisse spectaculaire de la consommation électrique obtenue grâce aux technologies modernes, notamment avec l'arrivée des LED, les surfaces éclairées continuent de progresser. Cette évolution soulève de nouvelles questions quant à l'impact de la lumière artificielle sur la faune, la flore et les rythmes biologiques.
Pour répondre à ces défis, Lausanne a révisé son Plan lumière en 2023. La démarche repose sur une analyse croisée des besoins urbains et des enjeux écologiques. La Ville a notamment intégré le concept de « trame noire », destiné à préserver ou recréer des corridors favorables à la biodiversité nocturne.
Concrètement, le territoire lausannois a été subdivisé en plusieurs zones bénéficiant de stratégies d'éclairage différenciées. Dans certains secteurs sensibles, l'objectif est même de maintenir l'obscurité autant que possible. Ailleurs, des températures de couleur plus chaudes et des extinctions nocturnes sont privilégiées afin de limiter les perturbations environnementales.
Cette évolution illustre également un changement de regard sur la lumière artificielle. L'éclairage public n'est plus uniquement évalué à l'aune de la sécurité ou de la consommation énergétique. Les collectivités doivent désormais composer avec des enjeux multiples : préservation de la biodiversité, réduction de la pollution lumineuse, confort des habitantes et habitants et qualité du paysage nocturne. Le défi consiste ainsi à trouver le juste équilibre entre sécurité des usagers et respect de l'environnement.
La table ronde organisée à l’issue de sa présentation est venue conforter cette analyse. Les intervenants ont unanimement souligné que les projets d'éclairage public ne peuvent plus être pensés sous le seul angle de la consommation d'énergie. La biodiversité, la qualité du paysage nocturne et les attentes des usagers font désormais partie intégrante des critères de conception.
Des luminaires qui deviennent des infrastructures numériques
L'éclairage connecté ne se limite plus à produire de la lumière. Plusieurs intervenants ont montré comment les nouvelles générations de luminaires sont appelées à devenir de véritables infrastructures numériques.
Grâce à des technologies telles que le Bluetooth, les balises de géolocalisation ou d'autres moyens de communication embarqués, ils peuvent transmettre des informations directement sur les smartphones des utilisateurs. Guidage dans un musée, contenus interactifs dans un parc, informations destinées aux visiteurs d'un bâtiment ou accompagnement des clients dans un espace commercial : autant de services qui dépassent désormais la seule fonction d'éclairage.
Cette évolution illustre une tendance forte de la technique du bâtiment : les équipements sont de plus en plus conçus comme des plateformes multifonctions capables de produire simultanément de la lumière, de communiquer et d'interagir avec les usagers.
Les données, nouvel actif du bâtiment intelligent
Autre temps fort du forum, l'intervention d'Olivier Steiger, Professeur et responsable d’un groupe de recherche à la HES de Lucerne, a permis de prendre du recul sur la place croissante des données dans les bâtiments connectés.
Capteurs de présence, compteurs intelligents, mesures de température, de qualité de l'air ou de consommation énergétique : les bâtiments génèrent aujourd'hui une quantité considérable d'informations. Ces données ouvrent des perspectives importantes pour améliorer l'efficacité énergétique, optimiser l'exploitation des installations et renforcer le confort des occupants.
Les données ne constituent toutefois pas une fin en soi. Leur véritable intérêt réside dans leur capacité à être croisées, interprétées puis transformées en informations utiles. Les gestionnaires de bâtiments disposent ainsi d'outils leur permettant d'optimiser les consommations, d'anticiper les opérations de maintenance ou encore d'améliorer le confort des occupants. Les bâtiments intelligents deviennent progressivement des systèmes capables d'apprendre de leur propre fonctionnement.
Mais cette richesse informationnelle s'accompagne également de nouveaux risques. Olivier Steiger a montré qu'il est parfois possible, à partir de données apparemment anodines, de déduire des informations très précises sur les habitudes de vie des occupants : heures de présence, périodes de vacances, nombre de personnes présentes dans un logement ou encore comportements quotidiens.
Le spécialiste a également attiré l'attention sur les enjeux de cybersécurité liés aux objets connectés. Les maisons intelligentes ne constituent pas aujourd'hui des cibles prioritaires d'attaques sophistiquées, mais elles restent exposées à des attaques automatisées exploitant des failles de sécurité.
Face à ces défis, plusieurs principes s'imposent : obtenir le consentement des utilisateurs, limiter la conservation des données, privilégier lorsque cela est possible un traitement local des informations et clarifier les responsabilités entre fabricants, intégrateurs et utilisateurs.
Vers une exploitation plus proactive
L'enjeu n'est toutefois pas seulement de protéger les données, mais aussi d'en tirer une réelle valeur opérationnelle.
Cette logique ouvre également la voie aux jumeaux numériques. En réunissant les données issues du BIM, des systèmes techniques, de la gestion énergétique ou de la maintenance, ces modèles numériques permettent d'obtenir une représentation dynamique du bâtiment. Les exploitants disposent ainsi d'un outil facilitant la prise de décision tout au long du cycle de vie de l'ouvrage, depuis sa mise en service jusqu'à son exploitation quotidienne.
L'objectif est clair : passer progressivement d'une exploitation réactive à une gestion proactive, capable d'anticiper les besoins de maintenance, d'optimiser les consommations et d'améliorer durablement les performances des bâtiments.
La cybersécurité, condition de confiance
Le développement des bâtiments intelligents s'accompagne d'une multiplication des équipements connectés. Cette évolution offre de nouvelles possibilités en matière de pilotage, de maintenance ou de services aux occupants, mais elle élargit également la surface d'exposition aux risques informatiques.
La cybersécurité devient ainsi une composante à part entière de la qualité des installations. Au-delà des solutions techniques, elle suppose une répartition claire des responsabilités entre fabricants, intégrateurs, exploitants et utilisateurs, ainsi qu'une véritable culture de la protection des données. La confiance des utilisateurs constitue désormais l'une des conditions essentielles au déploiement des bâtiments intelligents.
Une vision globale de la technique du bâtiment
Au-delà de la diversité des thèmes abordés, cette édition du FRED a montré que les métiers de l'éclairage et de la domotique évoluent vers une approche beaucoup plus globale.
L'éclairage ne se résume plus à produire de la lumière. Les infrastructures techniques deviennent des plateformes capables de collecter, transmettre et valoriser des informations utiles à l'exploitation des bâtiments et des territoires. Cette évolution suppose toutefois une approche globale, conciliant innovation, sécurité, protection des données et respect de l'environnement.
Autant de défis qui illustrent l'élargissement constant des métiers de l'éclairage et de la domotique et qui accompagneront durablement la conception des bâtiments et des villes de demain.
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